Le cri du héron me glace les cendres

lost in rotation, les serial killer ne sont plus ce qu'ils étaient. Un conte pour enfant sanglant, découpé en morceaux.

dimanche 10 septembre 2006

Il appelait sa petite fille le pou, elle ne s'est jamais mariée

Quelque chose a vibré. Entre nous. Entre nous et la voiture. Dans son sac. Elle a extrait un téléphone. Marabouté de grigris acidulés. Des trucs de filles, verts, blancs, roses. A longs museaux et gros yeux pâles. Elle tremblait un peu. Les vibrations. Je n’ai jamais su distinguer les coréens des japonais.

Elle cliquait fébrile. Lecture tactile. La voiture empestait le stress. J’ai monté le son, pour faire écran. Y’a pas de clim contre les sentiments. Je suis convaincu que la musique transporte les phéromones.

- « On dort où ce soir, bezerro ? ». Je suis d’un désarmé face au cru.

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vendredi 1 septembre 2006

J'étais le taurillon, à cause de mes cuisses de cycliste

Enfin ... je crois. Comme ça, ça rend pas terrible, mais en italien, c'était plutot mignon les surnoms.

Jusqu'à ce soir d'hiver. On s'approchait des -2°C, et le sel venait à manquer. Un sel spécial, importé d'italie, parfait pour les saleuses. Virgilio est allé aux pêcheries de la coopérative, leur demander du vieux sel usagé. Le grain n'était pas parfait, mais nécessité fit loi. Le sel répandu a fait son office. Funèbre. Des centaines de chats morts, écrasés, ont jonché les rues dès l'aube. Par l'odeur à lécher.

On l'a appelé le boucher. Pleurs de sels. Il n'a plus baptisé personne. Avec l'alcool, il ne se souvenait plus du sien vers la fin.  Les surnoms sont restés. Et sa casquette verte. Son père est venu à l'enterrement, du pays. De calabre. Il appelait sa petite fille le pou, elle ne s'est jamais mariée.

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C'est pour mieux vous conduire ... mon enfant

Des odeurs de terre retournée. Brassées d'orage. Des corbeaux, à droite, des mouettes, à gauche. A part terre. Quelques hérissons éventrés au milieu, pour faire bonne figure. La grande bitumineuse qu'ils doivent l'appeler chez les hérissons au coin du feu de croisement.

On a vécu notre premier silence. Ponctué de ronds-points indécents. Si les martiens attaquent, faudra pas s'étonner, c'est un pousse au crime ces ronds points à tout bout de champs. Même les statues gargantuesques de la belle soeur de l'adjoint au maire n'y pourront rien changer. Epouvantails à roswell ?

J'ai connu un poseur de rond-point. Virgilio. Italien. Il était intarissable sur l'usure du revêtement des ronds points. Son entreprise avait inventé un nouveau revêtement extremement abrasif, qui limitait les accidents dans les courbes. Le nombre de morts avait radicalement chuté sous la pluie. L'année d'après, au rond-point suivant, il avait augmenté. Et il fallait revêtir le virage d'après ...

Virgilio avait une sâle manie, à part les ronds points, il appelait tout le monde d'un surnom. C'était plus fort que lui. Sa femme c'était ma couille, sa fille, le pou. J'étais le taurillon, à cause de mes cuisses de cycliste.

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dimanche 6 août 2006

Je crois que je suis plutôt en itinéraire de dégagement.

- "Et vous vivez seul ?"
- "...."
- "Je veux dire, vous avez quelqu'un dans votre vie ?"
- "Un verre de whiskey tourbeux, et je suis hanté comme un manoir écossais."
- "Pas de petite amie ?". Tenace, la baby punk.
- "Cela vous surprend si je vous dis que je n'en ressens pas le besoin ?"
- "Des femmes de passage alors ?"
- "Je crois que je préfère le passage à la femme"
- "Vous devez vous ennuyer à mourir ?" C'est génétique, depuis Sapiens.
- "J'ai l'air ?"
- "Non, vous riez tout le temps, comme un tic des yeux"
- "C'est pour mieux vous conduire ... mon enfant."

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jeudi 27 juillet 2006

Vous savez pourquoi, vous, il y a autant de dépressifs qui prennent des auto-stoppeurs ?

- "Le dépressif, j'imagine, a toujours besoin de vampiriser quelqu'un. Pour s'évader de lui. Mais en Bretagne c'est pire. Pour faire des économie de psychotropes je suppose !"
- "Et vous allez mieux ?"
- "Je cohabite avec moi-même. Si c'est le sens de votre question. Mais je n'ai plus de révolver dans la boîte à gants." J'ai réactivé les airbags.
- "Et votre femme ?"
- "Elle a repris le contrôle de son quotidien. Elle controle tout, la vie de ma fille, les apports caloriques dans les rations des chats, la progression du lierre sur la maison, les comptes de ses clients. Elle est commissaire aux comptes. Expert comptable si vous voulez."
- "Elle vous manque ?"
- "Est-ce que l'ancre manque au voilier ? Non, je flotte à ma guise." Je crois que je suis plutôt en itinéraire de dégagement.

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jeudi 20 juillet 2006

J'ai l'adiposité introvertie. C'est mon côté Dorian Gray lipidineux

...."Je garde un visage d'ange mais les saloperies tapissent les artères"
- "Cinq légumes par jour ..."
- "Vous me rappelez ma femme"
- "Toutes les femmes rappellent un peu toutes les femmes non ?"
- "C'est hormonal". Les hormones de celui qui se rappelle.
- "Elle est où votre femme ?"
- "Elle est partie, il y a 5 ans, un peu après le début de ma dépression"
- "C'est dégueulasse !"
- "Oui, c'est dégueulasse une dépression. Elle a sauvé sa peau. Je l'aurais entraînée au fond. Elle ne pouvait plus rien. Moitié cause moitié effet."
- "Vous savez pourquoi, vous, il y a autant de dépressifs qui prennent des auto-stoppeurs ?"

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mercredi 12 juillet 2006

La métaphore à la boutonnière

Elle a éclaté d'un si joli rire. Frais comme à 19 ans. Le fluor de combat. Elle a posé sa main sur la mienne. Et je ne l'ai pas retirée. Fluor de sauvage. Aussi doux qu'un levier de vitesse de 4x4 germanique. En moins froid.

- "Mais avant, j'ai faim", sa main a viré serre.
- "Je vous regarderai manger"
- "Vous n'avez pas faim ?"
- "J'ai mangé pour toute une vie"
- "Vous ne les faites pas"
- "J'ai l'adiposité introvertie. C'est mon côté Dorian Gray lipidineux."

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mercredi 5 juillet 2006

Si vous vendez vos lunettes comme vous troussez les damoiselles, ça va pas vous payer l'essence

- "Deux baisers, un par lèvre, contre un pantalon décent. Honnète ?"
- "Vous pouvez avoir le baiser, sans le pantalon, vous savez ?"
- "Laissez ma langue où elle est !"
- "Si bien pendue."
- "Vendu ?"
- "Vendu. Ca se sent tant que ça ?"
- "Surtout quand vous vous taisez".

Je me suis tournée vers elle. Il faut toujours enfoncer le deal des yeux. Je faisais des séminaires là-dessus. Entre deux tournées. Avant. S'humaniser, fléchir. Personnaliser. Provoquer l'empathie. Le commerce c'est se faire poussin. Pépier c'est plier. J'en ai des tonnes comme ça. La métaphore à la boutonnière.

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mardi 27 juin 2006

C'est tout aussi lyrique, mais ça rapporte plus

- "Vous êtes riche ?". Femelle un jour ...
- "Je n'ai besoin de rien. J'ai mon vélo dans le coffre."
- "Vous ne voulez pas répondre ? Vous avez peur que je vous détrousse ?"
- "J'ai l'air d'avoir peur ?"
- "Oui, mais pas de moi. De quelque chose, mais pas de moi. De quelque chose au fond de vous."
- "Ca fait dix ans que j'ai arrété le viol d'auto-stoppeuse"
- "Et moi qui comptait me mettre au détournement de vendeur de lunettes en 4x4 fumé." On ne détourne pas une girouette. Mais j'ai rien dit.
- "On peut négocier ?"
- "Vous me violez et je vous détourne ?"
- "Je ne vous viole pas et vous ne me détournez pas."
- "C'est pas très excitant comme deal"
- "Alors je vous viole un petit peu et vous me braquez juste de quoi vous acheter un pantalon qui ne sent pas le chien mouillé."
- "Violez moi, violez moi".
- "Un baiser ça ira ?"
- "Si vous vendez vos lunettes comme vous troussez les damoiselles, ça va pas vous payer l'essence."

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mardi 13 juin 2006

Eclat de rire. Mousse de cristal ébréché.

- "Je fais des remplacements. Rien que des remplacements. Quand un vendeur est malade, ou quand une place est vacante, je fais la tournée. En lieu et place de."
- "Et vous aimez ça ? vendre des lunettes en gros ?"
- "Ca sauve des vies. Ca structure un visage, une monture. Par exemple Domenech, les lunettes de Domenech, sur les sourcils de Domenech, ça a marqué une génération. Et celles de Thuram, tout le monde en parle ? Un supplément d'âme."
- "Un succés damné."
- "C'est comme les poteaux carrés. Si Zidane avait eu des lunettes, on serait champion du monde à l'heure qu'il est."
- "Et vous vendez quelles marques ?". Cette fille mimait l'intérêt avec virginité.
- "Je suis multi-marques". J'avais le régulateur de répartie. "Une seule tournée, plusieurs marques. Dans les sacs là derrière, j'ai les dernières collections".
- "J'ai cru que vous êtiez médecin."
- "On guérit le regard. Le regard sur soi".
- "Et poète avec ça ..."
- "Non. Vendeur. C'est tout aussi lyrique, mais ça rapporte plus."

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