lundi 30 juin 2008
Il se repaissait de leur passivité.
- "Saviez-vous que 89% des vidéos regardées dans nos hôtels par des hommes seuls sont des vidéos pornos ?" ...
- "Saviez-vous qu'une femme seule a 63% de chances de plus de commander un repas dans sa chambre qu'un homme seul ?"
- "Saviez-vous qu'un couple illégitime consomme en moyenne 120 euros de plus par nuit qu'un couple officiel ? Et encore, je ne compte pas l'achat des préservatifs ... je n'ai pas pu informatiser les distributeurs."
"Il est grand temps de le menotter au radiateur de la connaissance client."
Franck était comme habité par l'envoûtement qu'il créait dans l'assistance. Il se repaissait de leur passivité
vendredi 9 mai 2008
Il jouait au plouc avec sa cravate Asterix, et ça lui allait bien. Pour vivre heureux, vivons gâchés.
- "Mesdemoiselles ..." gloussements blonds dans la salle "... Messieurs. Je vous ai réunis aujourd'hui parce que j'ai un effort à vous demander à tous. Notre Président Directeur Général n'est pas là, il est en train de conclure une importante acquisition en Asie, mais il vous prie de l'excuser. Ce projet lui tient à coeur, et il m'a donné ces quelques mots pour vous." Il s'abaissa de 20 bons centimètres - la directrice de la comm interne s'esclaffa, puis se ravisa en rougissant, le président n'était pas très grand -. Puis il lut le communiqué qu'il avait rédigé.
"Nous connaissons mal nos clients. Nous changeons leurs draps, nous remplissons leur mini bar, nous repassons leurs caleçons. Et pourtant nous ne savons rien d'eux. Leurs valises nous sont grand ouvertes et pourtant, quand ils reviennent, 6 mois ou 1 an plus tard, nous avons tout oublié d'eux, nous ne savons plus qui ils sont. Nous nous comportons avec eux comme si nous les redécouvrions à chaque fois. Quel gâchis. Seul le lieu parle pour nous, mais nos hommes et nos femmes ne lui disent rien, ne le reconnaissent pas. Il nous a choisi, mais il ne fait que passer sous nos yeux. Il est grand temps de le menotter au radiateur de la connaissance client."
Il se déplaçait comme un hologramme en Paul Smith ...
Le directeur financier ne cessait de glisser le doigt entre son col et son cou, au bord d'une apoplexie qui ne viendrait sans doute jamais. Des petits tics précieux lui faisaient dodeliner de la tête à la façon d'une femelle pigeon, de dos, sur un lampadaire occupé par un mâle rutilant. Tout ceci ne pouvait que lui coûter de l'argent, et abîmer son EBITDA.
Le directeur commercial frottait pendant ce temps sa bedaine sur le bord de la table. Il aurait marqué son territoire à l'urine si on lui avait laissé le temps. Mais ses chiffres étaient si catastrophiques que sa paire de couilles était presque apparente, en attente de hachoir.
Seul le directeur informatique semblait à la fête. Il grignotait des petites meringues sans état d'âme, il était marathonien et fondamentalement obsessionnel. Et puis ce projet c'était un peu le sien. Il n'y a pas de représentation sans données, et pas de données sans serveur. Ces troupes allaient pouvoir croûter pendant 5 ans au moins avec ce nouveau projet de connaissance client. Alors il laissait le directeur marketing faire des mouvements avec ses boutons de manchette Dunhill. Il jouait au plouc avec sa cravate Asterix, et ça lui allait bien. Pour vivre heureux, vivons gâchés.
Or if you want to strike me down in anger, Here I stand, I'm your man
Flanqué des deux bimbos de la comm, l'interne et l'externe, Franck envahit la salle du conseil. Les écrans sous la table en verre fumé, brillaient sous le titre de la présentation : "Le marketing de l'infidélité". Ils étaient tous là, à suçoter leurs truffes au chocolat, jus de goyave à volonté. Franck surjouait, le comité de direction était un peu son salon de coiffure. Il se déplaçait comme un hologramme en Paul Smith, leur serrait la main, l'autre main sur l'épaule, ou sous l'avant-bras, un mot personnel à chacun : impliquant.
jeudi 5 juillet 2007
cela ferait le plus grand bien à Gabriel : une crétine pulpeuse avec un coeur d'or. Ça le changerait. Il l'embaucha
Elle en profita pour lui raconter sa vie, de reconnaissance, sur le pas de la porte comme il se doit. Le poisseux dans la femme, c'est la séparation. Ils convinrent d'une rencontre avec les enfants, le lendemain, mais l'affaire était conclue. L'intendance réglée, Franck allait pouvoir repartir à la chasse.
La jaguar souleva la porte du garage, avec des moustaches de soleil couchant.
A l'arrêt de bus, au bas de la descente, il s'arrêta pour la prendre. "Montez, je vous ramène chez votre mère." Léonard Cohen fit l'essentiel de la conversation. Franck avait la tête ailleurs, une arme sans cible.
If you want a lover
I'll do anything you ask me to
And if you want another kind of love
I'll wear a mask for you
If you want a partner
Take my hand
Or if you want to strike
me down in anger
Here I stand
I'm your man
L'imagination de Gabriel fit le reste et l'entraîna dans sa chute de conscience.
Franck s'était épuisé tout l'après-midi en arabesques commerciales pour trouver une nounou potable. Il n'allait pas la lâcher.
Elle se tenait devant lui. Des rondeurs excessives, une jupe un peu trop courte, en laine grise, et des chaussures plates à gros noeud. Elle débordait de partout sauf au niveau du nez, grec, un appendice qu'Almodovar n'eût pas renié. Elle était d'origine maltaise, les cuisses en ogives, le teint très mat, et les breloques apparentes. Des poignets repoussant d'épaisseur, un truc à battre les tapis. Elle inspirait la confiance des fesseuses d'ange mais il se demandait qui elle pouvait bien réussir à érotiser. Elle avait une façon de pointer du doigt, grassement sur la table basse, pour ponctuer ses propos, qui était la grossièreté incarnée. Sur son col roulé noir, une chaînette portait un coeur, gros et nourricier. Elle ramenait sans cesse ses cheveux, derrière le diamant de ses oreilles, et Franck finit par se dire que cela ferait le plus grand bien à Gabriel : une crétine pulpeuse avec un coeur d'or. Ça le changerait. Il l'embaucha.
Franck se servait de son sevrage pour l'asservir. La rage dedans.
Sally dormait quand Gabriel regagna sa chambre. Il n'eût pas le courage de l'expulser, le regroupement familial sans doute. Elle s'était blottie contre une armada d'ours et de phoques en peluche, un harem immobile et malléable à souhait. Il se débarrassa du phoque le plus malodorant et s'allongea près d'elle.
Il se cala sur la respiration de sa soeur, avec la bonne conscience d'un protecteur d'âme. Le sommeil ne viendrait pas. Il se raconta des histoires à lui-même comme quand sa mère rentrait tard. Les bruits de la télévision montaient du salon et se mêlaient à la conversation de son père au téléphone. Son père cherchait une femme. Il geignait avec une séduction déguisée en manipulations oratoires. L'imagination de Gabriel fit le reste et l'entraîna dans sa chute de conscience.
mercredi 4 juillet 2007
L'illusion de l'extraction de soi par le sexe, en livides épanchements saccadés.
Il lui offrit le tableau, en lui demandant ses horaires. Le décor des toilettes du Sofitel était aussi stupide qu'un tapis de bain japonais. Il lui avait trouvé une répartie de dame pipi. "Tu veux que je te suce ?" fut sa seule maladresse. Il se servit, en claquant la porte dans un parfum de lilas.
Les femmes étaient un passe-temps depuis la mort de la sienne. Des quilles dans une vie de chien. Elle avait besoin de s'oublier dans quelqu'un. Il avait eu envie de se vider ailleurs qu'en lui-même. De s'offrir des émotions non marchandes. Les petits pics agacent.
Elle était déjà escort girl, amateur, concierge de l'hôtel. Elle dépannait, la bouche en corps. Elle avait son petit hôtel place du marché saint pierre, sa commission avec le portier, un danseur contrarié mais encore souple. La police la protégeait, la croyant avec le commissaire.
Franck se servait de son sevrage pour l'asservir. La rage dedans.
Scarifiés de l'être, ils s'épousaient tendineusement.
Elle dansait, statique, nerveuse. Il portait, stoïque, nervi.
Pulga pleurait de cette impossible distance. Nul ballet ne chasserait jamais sa danse macabre. Elle pleurait de ce derme invisible qui séparait les amants assoupis. Elle se mutilait l'oeil. Franck lui demanda son tableau préféré. La voix qu'il fallait. Elle s'arrêta sur un tête à tête abandonné. Des crânes prêts à exploser comme des fruits pourris, craquelés, trop plein d'eux-mêmes, assoiffés d'autrui. L'illusion de l'extraction de soi par le sexe, en livides épanchements saccadés.









