Le cri du héron me glace les cendres

lost in rotation, les serial killer ne sont plus ce qu'ils étaient. Un conte pour enfant sanglant, découpé en morceaux.

mercredi 27 août 2008

Le bonheur n'est qu'une question d'échelle

- "Si tu as faim. Si tu n'as pas mangé depuis quatorze heures, tu es malheureuse. Emprisonnée dans ta douleur au ventre, tu es malheureuse. Et pourtant en changeant d'échelle, à l'échelle d'une semaine, avant ou après ces douze heures de malheur, tu auras oublié cette faim, tu pourras être heureuse à nouveau. Avant d'avoir faim, et après avoir mangé, ce malheur ne sera rien, il se dissoudra à une plus grande échelle, évanoui. C'est la même chose pour l'homme de ta vie que tu cherches si maladroitement. Tu te dis malheureuse, répudiée par le destin, entre ton agent immobilier qui file avant d'avoir débandé, et ton maître de conférence docte dans l'art du sacré chez les peuples premiers qui ne connaît le priapisme que statuaire. Mais à l'échelle de 5 ou 10 ans, qu'est-ce que cette petite frustration. Dans 2 ans, fatiguée, tu renonceras à l'un ou à l'autre, ça n'a aucune espèce d'importance, tu te résigneras, écoeurée, à prendre les hommes qui viennent pour ce qu'ils sont, et tu seras heureuse. Ta misère sentimentale d'aujourd'hui est certes fort désagréable à vivre vu de toi maintenant, mais sur ton lit de mort, elle ne sera rien. Sous mon bistouri, plus rien, pschitt ... Le bonheur n'est qu'une question d'échelle."
- "Je ne suis pas d'accord avec vous Siméon. Vous me faîtes une variante du paradoxe de Xénon. Un bonheur ou un malheur se vit au moment où on le pense, on ne peut pas changer d'échelle, ce serait changer de moi. Et puis qui vous dit que je ne suis pas affublée d'une pathologie relationnelle qui se révèle aujourd'hui, et qu'à l'échelle de toute ma vie, cette incapacité chronique à être heureuse en couple ne fasse que s'accentuer et que je finisse seule avec ma pie et mon ragondin ?"
- "En supposant que tu ne divorces pas d'avec ta pie. C'est pas loin de l'homme une pie. Sais tu que c'est un des rares animaux qui reconnaît son image dans une glace ? Si la pie sait qui elle est, elle n'est pas loin d'être impossible à vivre ... Pour le ragondin, je reconnais que tu as bon goût, c'est immonde à souhait, de la tête à la queue."
- "Oncle fétide est apprivoisé, ça n'a rien à voir."

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Le bonheur n'est qu'une question d'échelle

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Elle s'excitait en pure perte. Il n'y a pas de césarienne pour l'imagination.

- "Au contraire Guillemette, le bonheur n'est qu'une question d'échelle".

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On s'entraîne à la mort avec les cadavres disponibles.

- "On sauve des morts de l'inexplicable, à défaut de sauver des vies, ça n'est pas rien."
- "Ca doit vous insensibiliser toutes ces chairs mortes. Vous êtes totalement inapte au bonheur." Guillemette rêvait d'un sursaut d'orgueil chez le vieux taxidermiste, mais il était aussi inerte qu'Amandine, aussi brisé que le cinquième cadavre. Elle avait l'impression d'être la blonde américaine, avec un appareil dentaire et des seins lara croftiens, perdue dans une assemblée de morts-vivants. Elle s'excitait en pure perte. Il n'y a pas de césarienne pour l'imagination.

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Seul le modus operandi m'intéresse, la fin c'est toujours la même, à la fin il y a un homme qui est mort sur la table

- "Mais ça ne vous attriste pas à force de voir la misère humaine au microscope. C'est lassant ces variantes morbides. Vous pourriez changer de camp, je ne sais pas, essayer changer le cours des choses, avant ..."
- "On n'est pas là pour redonner la vie. On constate, on tire un trait entre les faits, on exhibe des causalités, on réfute des improbabilités. Ca n'est pas attristant, c'est même plutôt réjouissant une énigme sous son coulis d'asticots. On s'entraîne à la mort avec les cadavres disponibles."

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Elle leur urine dessus au troisième rendez-vous, les jours de règles de préférence en criant "bois petit panda, bois!"

- "Et vous y croyez vous, Siméon, à cette histoire de 6ème meurtre par les flammes ?". Guillemette tenait le poul d'Amandine, négligemment protectrice.
- "Figure-toi que oui. C'est l'histoire du dalmatien peint sur une peau de vache. Tant qu'on ne vous dit pas qu'il y a un dalmatien, on ne voit que la peau de vache. Mais aussitôt qu'on sait on ne peut plus s'empêcher de savoir. Et on voit des dalmatiens partout. Je crois qu'il brûlera le suivant."
- "Mais qu'est-ce qu'il cherche à la fin ?". Elle gesticulait en agitant le bras d'Amandine.
- "Il hache, il désassemble, il mord, il suce, il écrase ... tu ne vois pas où il veut en venir ? Il fragmente, il escalade dans la fragmentation : il ne peut que détruire par feu, il va le réduire en poudre."
- "Vous voulez dire qu'il devient plus fort à chaque fois ?"
- "En quelque sorte. Mais gardons nous d'interpréter. Je constate qu'il nous complique la tâche un peu plus à chaque fois. Il nous rend le puzzle de plus en plus indéchiffrable."
- "Mais pourquoi ?" Elle lâcha le bras d'Amandine qui retomba sur le sol en frottant la barrique.
- "Mon métier n'est pas dans le pourquoi, je suis juste spécialiste du comment. Seul le modus operandi m'intéresse, la fin c'est toujours la même, à la fin il y a un homme qui est mort sur la table."

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jeudi 7 août 2008

Et puis, il ne fallait pas se le cacher, son postérieur donnait de la gravité à ses propos les plus insipides.

Guillemette avait la pâleur fluette des anorexiques reconverties. Eternelle fille Adams à son papa, elle se mortifiait outrancièrement pour une rédemption passagère, obèse du surmoi. Elle avait une façon bien à elle de se croire rationnelle, et pavoisait pour attirer un mâle qui la féconderait de ses idées structuralistes sur le monde. Si elle avait été du bon côté du harnais, on aurait dit qu'elle enculait les mouches, obsessionnellement. Elle rêvait d'un homme bon, généreux, altruiste, ethnologue à la rescousse d'une tribu d'amazonie en voie de disparition, mais finissait généralement ses nuits avec des agents immobiliers en déroute, avares jusqu'au préservatif et qui n'attendaient pas que leur sperme sèche au bout du gland pour rejoindre leur pavillon de banlieue avec pompe à chaleur et femme endormie devant docteur House.

Elle trouvait le temps d'écrire des livres pour enfant aux couleurs gaies, un tantinet scatologiques. Les seuls hommes doux qu'elle amenait dans son lit exigeaient à voix basse et seulement au troisième rendez-vous, qu'elle leur urine dessus, les jours de règles de préférence en criant "bois petit panda, bois !".

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Il n'aimait pas les psys. Il leur préférait les asticots qui se contentent de bouffer les chairs mortes.

La dernière psy qu'il avait consultée, sur l'ordre express de sa hiérarchie, avait fini par lui avouer qu'il lui rappelait sont ex-mari. L'avant-dernier, le confondait avec son fils ...

Amandine avait peur de lui, et cela lui convenait tout à fait. Depuis qu'elle forniquait à tour de poing avec son informaticien russe, il la trouvait moins tiqueuse. Il ne lui accordait aucune espèce de confiance en psychologie criminelle, mais il aimait son sens statistique. Les statistiques désindividualisent presque autant que la putréfaction. Ses saillies oniriques le distrayaient. Et puis, il ne fallait pas se le cacher, son postérieur donnait de la gravité à ses propos les plus insipides.

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Elle avala sa salive, déglutissant des pulsions pénétrantes.

Chucky s'était rapproché. Une femme évanouie, c'est un cadavre en puissance. Il n'aimait pas Amandine. Rien de personnel, mais il n'aimait pas les psys en général. Il en avait vu un paquet après l'accident. Il n'aimait pas les psys. Il leur préférait les asticots qui se contentent de bouffer les chairs mortes.

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mercredi 6 août 2008

Amandine s'effondra, embrochée par une vision de l'enfer.

Guillemette se précipita avant que le corps de la profileuse ne glisse du tonneau. La blancheur de ses cuisses se mariait avec les stries rosacées laissées par les lames de bois, telles des colonnes de Buren gélatineuses. Elle ne s'aperçut qu'un peu tard qu'elle ne portait pas de culotte, ce qui ne fut pas sans effet sur l'hygrométrie de la sienne. Guillemette, rongée d'envies barbares s'acidifiait l'imagination. Le latex de ses gants malmenait la pulpe fessière d'Amandine, avec une frénésie de tunnelier. Elle avala sa salive, déglutissant des pulsions pénétrantes.

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