Le cri du héron me glace les cendres

lost in rotation, les serial killer ne sont plus ce qu'ils étaient. Un conte pour enfant sanglant, découpé en morceaux.

lundi 18 février 2008

J'avais le sexe ailleurs, j'ai laissé faire.

C'est très rassurant de ne se faire toucher que pour l'argent. Comme elle allait partir, j'ai prononcé avec une voix dure :

- "Je peux vous avouer quelque chose ?"
- "Oui, faîtes."
- "Vous êtes la deuxième femme qui arrive à me faire taire." 
- "Merci, et la première qui est-ce ?"
- "Eléonore, ma dentiste, mais c'est tellement plus douloureux ..."

J'allais m'esquiver quand un collègue à elle m'a placé sur un hamac vibrant. J'avançais dans une jungle aux mille dangers sonores. J'avais les fesses torchées de fougères urticantes. Les mains cloutées de fourmis rouges. Des tamarins soyeux me murmuraient des confessions salaces à la manière de Yodas irlandais. La banquière serpentait quelque part, son regard d'émeraude me lacérait les reins.

Le tueur était polymorphe, j'allais me faire caméléon.

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dimanche 17 février 2008

Convaincre c'est déjà une technique de perdant. Qu'avait-il perdu ?

Le couvercle s'est ouvert sur mes interrogations. La tête dans les genoux, je m'évadais de moi. La masseuse me surplombait en pleurant. Elle m'a vu la voir. Elle pleurait au dessus de l'eau, les cheveux en fouet comme un saule.
- "Ca ne va pas ?" Elle m'avait sauvé la vie quand même. Un peu comme un poussin qui sort de sa coquille, je m'attachais à ce substitut maternel.
- "Je viens de perdre ma soeur. J'ai du reconnaître le corps à la morgue. Pas le corps, la tête. J'ai du reconnaître la tête de ma soeur." Je n'ai pu m'empêcher de penser que je n'aurais jamais su reconnaître la tête de ma soeur, j'ai trop peur du vide.
- "Je suis désolé. Elle est morte comment, si ce n'est pas indiscret ?"
- "On l'a sauvagement découpée en tranches, et puis on a aplati ces tranches au marteau."
- "Je suis navré."
- "Ils l'ont recollée pour que je la reconnaisse."
- "Les tranches, ils ont recollé les tranches ?"
- "Non, le visage, ils lui ont recollé le visage."
- "Je ne comprends pas ..."
- "Le visage avait été tranché en deux, à la verticale, entre les yeux."
- "Quelle drôle d'idée."

Les larmes ont redoublé d'intensité. Je n'allais plus flotter, j'allais léviter. Je suis sorti du cercueil. Elle m'a massé en silence. Elle a fini par me demander pour mon ventre, si ça me gênait. J'avais le sexe ailleurs, j'ai laissé faire.

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dimanche 10 février 2008

A chaque nouveau partenaire sexuel buco-compatissant, je desquame. Miel ou pas miel.

J'ai le système immunitaire misanthrope.  Mes oreilles étaient immergées. J'avais quarante minutes à tuer, dans un utérus saumâtre. Neuf mois, une éternité. Bébé nosfératu préparant sa sortie par le siège.

Je me suis mis à chercher le moyen d'innocenter Pulga. Elle était folle, elle était dangereuse, elle avait un corps toxique au possible, mais ce n'était pas elle. Elle ne pouvait pas penser une série comme celle-là. Elle n'était pas assez malléable pour mimer des barbaries pareilles. Le tueur voulait nous vendre quelque chose. Nous vendre l'implication de Pulga. Nous vendre sa puissance de destruction, mais son respect pour les têtes. Son contrôle. Les bras en croix, je me suis pris d'une empathie soudaine pour cet étalage de savoir faire peur. Ces filles gothiques qui s'automutilent en attente d'un baiser de papa. Retenez moi, retenez moi. Que voulait-il nous vendre ? Son combat était forcément rationnel, tellement maîtrisé. Il voulait nous vendre qu'il punissait des méchants. A priori il ne les tuait pas là où ils avaient péché. Il les tuait aléatoirement alors ? Non, il y avait une escalade, quand on maîtrise son expression à ce point là, on suit une progression. Les meurtriers en série sont tous hégéliens.

Dans mon caisson salé, je me suis recroquevillé, j'avais besoin de perdre pied. Son combat était juste, quel était le message, que voulait-il que je fasse. Il suivait Pulga, donc il me suivait moi. Convaincre c'est déjà une technique de perdant. Qu'avait-il perdu ?

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"Il n'y a que les mères qui abandonnent. Moi je suis payée pour venir vous chercher."

Je me suis glissé dans l'eau. Je n'ai retiré mon peignoir qu'au tout dernier moment, je n'allais pas, en plus, lui montrer mes fesses. Le couvercle s'est refermé sur moi. Je me suis allongé, évidemment je flottais. Le bruitage était bien plus terrible vu du dedans. Il ne doit pas faire bon avoir une hystérique comme mère porteuse. Les lumières rouges, en rangs d'oignon, évoquaient une dentition sanglante à mes pieds. Mais je pouvais les éteindre à tout moment, et le savoir me les rendait inoffensives. L'utérin fantome.

La griffure du chat de l'hôtel sur mon index droit, me brûlait avec le sel. Mon gland aussi, et pas qu'un peu. Ce n'était pas le chat. A chaque nouveau partenaire sexuel buco-compatissant, je desquame. Miel ou pas miel.

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vendredi 8 février 2008

"Mojito ergo sum", fut la réplique de Guillemette, en arrachant la feuille de menthe aux lèvres putréfiées de dédain orgasmique.

J'ai d'abord pensé à une capsule de navette spatiale. Le couvercle s'est ouvert lentement avec un bruit de sabre laser Jedi. Une sorte de plante carnivore géante ouvrait sa gueule pour mieux m'absorber. A l'intérieur, c'était carrément sombre. Un léger clapotis dont le suc allait me digérer tout cru.

- "Allez-y, grimpez, vous ne pouvez pas vous noyer, cette eau est salée comme la mer morte !"
- "Elle en est morte la mer justement ..."
- "Ne faîtes pas l'enfant, entrez." Rentrez dans le ventre de votre mère, elle est marrante celle là, mais ne faîtes pas l'enfant.
- "J'ai payé pour un massage. Faîtes le aussi torride que vous voulez dans des lagons écarlates, mais pas la mer morte."

La masseuse manquait totalement de la sensualité qui seyait à sa fonction. Tout au moins au fantasme que je m'en faisais. Elle me faisait penser à ma prof de math de cinquième. Elle sentait la vieille fille, ointe à l'urine de chat. Elle avait la bouche faite pour dire non, et ne suçait que des granules homéopathiques. Ses couleurs mauves faisaient un peu grotesques, surtout la cravate.

- "Ca va vous détendre, vous verrez. A gauche, le bouton pour ouvrir, à droite, le bouton pour éteindre les petites lumières rouges au fond" Les foetus auraient-ils peur du noir ? "Et le dernier bouton, là, c'est pour m'appeler. Je viens vous chercher dans quarante minutes."
- "Mais comment saurai-je que les quarante minutes sont écoulées ?" Ne fais pas ton Monk.
- "Il n'y a que les mères qui abandonnent. Moi je suis payée pour venir vous chercher."

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mardi 5 février 2008

Elle escaladait un sein pour le dévaler aussitôt en pente douce, vaincue par un mythe incisif.

Son corps ne fut retrouvé que quatre jours plus tard, dans une forge celtique pour touristes. Mutilé à la masse. Grimaçant de tout le visage épargné. Chucky prétendit que la décomposition était antérieure à la mort, c'était peu chrétien. "Mojito ergo sum", fut la réplique de Guillemette, en arrachant la feuille de menthe aux lèvres putréfiées de dédain orgasmique.

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On la laissa pour morte. Retroussée en elle-même dans ses édredons de peau.

Seule une vieille femme, au teint de moniteur de ski en retraite, se pencha à un moment sur elle, les lèvres ourlées de lifting : "vous n'auriez pas vu le doudou de mon petit-fils ? Un petit lapin blanc. Plus très blanc, du reste." En deux saccades tiqueuses, elle se repositionna la frange, et glissa ses cheveux derrière les oreilles. "Tant pis. Bonne nuit. J'adore votre pendentif ..."

Sa lanière de cuir contournait le sein avant de disparaître sous lui, submergée. Elle réapparaissait bien plus bas, lestée du bijou de bronze. La pierre en cage rôtissait d'un feu ambré, huileuse. Le rythme de la respiration s'atténuait peu à peu, arrivant à peine à faire rouler la petite cage de métal. Elle escaladait un sein pour le dévaler aussitôt en pente douce, vaincue par un mythe incisif.

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Le cou si flasque qu'un iguane n'y retrouverait pas ses petits.

Elle jouissait à la cantonnade, défigurée d'opprobre solitaire. Malgré la pesanteur, elle se défaisait sous elle, tricotant son orgasme, torsade aux lèvres.

La salle se vida dans un martellement caprin. On la laissa pour morte. Retroussée en elle-même dans ses édredons de peau.

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Elle remonta jusqu'à l'épi de chair, l'enduit de son onction extrême, et le badigeonna d'amour propre.

La langue bifide du barman, aussi lointaine fut elle, la pénétra. Il lui restait une main pour un sein défaillant. Lourd d'absence et résillé de bleu.

C'est le doigt de Pulga dans un anus disponible qui eut raison du TOC. Toute castration a son antidote et notre barman banda. La bouche gorgée d'un jus non fluoré, il retrouva des proportions honorables qu'il plastifia en rouleau de printemps. Barman la nuit, il était assistant notaire le jour, ce qui n'excusait rien. On ne peut pas sans cesse confondre patrimoine et fondement. Elle ne retira son doigt qu'une fois dûment honorée et poussa la thérapie comportementale jusqu'à le lui faire lécher avant de l'embrasser à pleine bouche.

L'ambulancière, entre le pouce et l'index, se malmenait les excroissances et guettait les cris de Pulga pour participer à la noce. Des soubresauts l'agitaient et ses replis de chair ondoyaient à la manière d'un morse en reptation, orphelin de plagiste. Pas de manchot qui tienne. Elle se soulagea à haute voix, dans des grognements de bouledogue français, comme pour s'encourager. Le cou si flasque qu'un iguane n'y retrouverait pas ses petits.

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"Bande, putain, bande, mais tais-toi" implorait-elle avant de le gober comme une chienne dans un jeu de billes.

L'ambulancière, affalée sur des poufs opportuns, contemplait la scène, pétrifiée de désir. Sa main se fit hasardeuse, par nécessité. Elle vit Pulga aspirer l'escargot sans coquille, la bave aux lèvres. Elle vit la langue du petit homme frétiller dans des orifices odoriférants. Elle vit même les petits grains de mort au rat qui balafraient le dos du barman quand elle le fit basculer sur elle. Dieu que la mort est douce quand elle est aussi rose. Elle enfonça un peu plus loin ses doigts, dans un sexe trop moite pour n'être livré qu'à lui-même. Elle remonta jusqu'à l'épi de chair, l'enduit de son onction extrême, et le badigeonna d'amour propre. 

Posté par ugarte à 23:09 - la fille de l'autoroute - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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