Le cri du héron me glace les cendres

lost in rotation, les serial killer ne sont plus ce qu'ils étaient. Un conte pour enfant sanglant, découpé en morceaux.

dimanche 14 octobre 2007

Leurs petits cris malhabiles faisaient songer à une congrégation d'enfants loups.

Chucky et sa petite stagiaire menaient la danse. Les gants blancs des policiers les distinguaient du reste du monde. Très pratique pour ouvrir les bocaux de cornichons, je trouvais leur pantomime maniérée comme une chorégraphie de Kamel Ouali. Mais je suppose qu'une seconde peau est nécessaire pour rester intègre.

J'étais écartelé entre l'envie de me salir les mains et celle de les rejoindre. Je ne me doutais pas que je n'aurais bientôt plus le choix. Celui qui n'a jamais vu un pivert sur un parcours de golf ne connaît rien de la misère.

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La peau s'était ratatinée sur le squelette, comme aspirée de l'intérieur. Liposucée jusqu'à la moelle.

Il faisait encore plus druide maintenant. Lichen parmi les lichens, un margouillat humain suçant son rocher. Sa peau blafarde et sa maigreur lunaire lui donnaient une allure de Smeagol vitrifié.

Je ne pouvais pas voir ce que Chucky verrait immédiatement : les deux trous sur la nuque, le long de la ligne de décapitation.

Le ruban jaune qu'avait placé la police autour de l'hostié était en forme de lèvres. Il frémissait au vent autour du cadavre. Un attroupement de fées sales et de lutins ventripotents formaient le troisième cercle. Je jouais des coudes pour rester aux premières loges. Trois jeunes filles sourdes, à ma gauche, se racontaient la scène. J'avais du mal à me détacher de la beauté de leurs gestes qui hachuraient le silence. Leurs petits cris malhabiles faisaient songer à une congrégation d'enfants loups.

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Et le corps de l'ex-druide, abandonné entre deux dents, évoquait un bout de viande en attente de cure dent.

La tête avait été tranchée mais pas intégralement. Une sorte de laisser aller morbide, comme une fatigue meurtrière. L'esquisse d'une décapitation avait donné naissance à une seconde bouche sur la gorge du cadavre. En m'approchant, j'ai eu l'impression qu'il manquait quelque chose à ce corps. A part la vie, bien sûr. Il était moins qu'inanimé. La peau s'était ratatinée sur le squelette, comme aspirée de l'intérieur. Liposucée jusqu'à la moelle.

Posté par ugarte à 22:25 - la fille de l'autoroute - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les crises n'ont fait que se succéder jusqu'au tout dernier meurtre. Au six plus unième.

La scène était d'un esthétisme inouïe. Le meurtrier s'était surpassé. Les pierres de l'hostié de Vivianne, en granit rose sang faisaient immanquablement penser à une mâchoire, une gueule béante. Et le corps de l'ex-druide, abandonné entre deux dents, évoquait un bout de viande en attente de cure dent. 

Posté par ugarte à 22:13 - la fille de l'autoroute - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 3 octobre 2007

Le dernier rideau s'est écarté soudain, pour laisser place au val sans retour.

Décharné, presque humble pour un mythe.

J'ai mis buste à terre. Les pattes en guimauve dans un bain d'épices.

Cinq arbres calcinés en encerclaient un sixième, pailleté d'or. Des cornes de cerf vidé triomphaient, arquées et brandies. Drôle de brame. Pris par le souffle du commandement, je me suis voûté.

A quelques mètres de là, sur l'hostié de Vivianne, reposait le quatrième corps, exsangue. J'ai basculé dans une certitude nouvelle. Ca ne pouvait être Pulga. Psychologiquement absurde. Pulga n'était qu'un instrument, un leurre pour détective dépravé. Et cette inimitié personnelle m'a sorti de ma torpeur contemplative. J'avais trouvé une cause plus noble que la vente de montures de lunette. Je tremblais. Les crises n'ont fait que se succéder jusqu'au tout dernier meurtre. Au six plus unième.

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Moucheron têtu, je fronçais dans la toile sans sourciller.

Un chien de montage des pyrénées, aux allures de licorne mal épilée, s'est mis à me lécher les mollets sans vergogne. Il se trompait d'imaginaire, mais les beaucerons étaient tous pris. Plus haut, un enterrement de vie de jeune fille s'accrochait aux branches, pour se prouver quelque chose. Elles faisaient cliqueter leur mousqueton à la hanche, avant d'entamer une tyrolienne poussive. J'applaudissais sans les mains, concentré sur mon guidon raidi. A califourchon sur leur mirador, je crois qu'elles m'invitaient à la lévitation. La forêt se clairsemait sous mes coups de pédale.

Le dernier rideau s'est écarté soudain, pour laisser place au val sans retour.

valsansretour

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Je m'incubais comme une larve en fusion. C'était la mue ou rien.

La mousse en bosse sous les arbustes faisait penser à des mauvais décors de trains électriques. Des bras filandreux me balafraient de leur soie flasque. Moucheron têtu, je fronçais dans la toile sans sourciller.

Posté par ugarte à 22:14 - la fille de l'autoroute - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Je prédisais le pire, le souffle coupé.

La rage me bouillait aux orbites. J'avais l'angoisse joyeuse du cycliste perfusé. Je me sentais gras, étonnamment vivant. Ma sueur se mêlait à un parfum étranger. Des banderilles de Prada m'encombraient les naseaux. Je m'incubais comme une larve en fusion. C'était la mue ou rien.

Posté par ugarte à 22:12 - la fille de l'autoroute - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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