dimanche 6 juillet 2008
"Mojito ergo sum", fut la réplique de Guillemette, en arrachant la feuille de menthe aux lèvres putréfiées de dédain orgasmique.
"La réalité ne mord pas, Guillemette!" Chucky tenait la tête du cadavre à bout de bras. Il employait un ton semi-shakespearien, mais il avait le rictus inadapté. Il faisait partie de ceux qui n'ont l'empathie que post-mortem.
lundi 30 juin 2008
Il se repaissait de leur passivité.
- "Saviez-vous que 89% des vidéos regardées dans nos hôtels par des hommes seuls sont des vidéos pornos ?" ...
- "Saviez-vous qu'une femme seule a 63% de chances de plus de commander un repas dans sa chambre qu'un homme seul ?"
- "Saviez-vous qu'un couple illégitime consomme en moyenne 120 euros de plus par nuit qu'un couple officiel ? Et encore, je ne compte pas l'achat des préservatifs ... je n'ai pas pu informatiser les distributeurs."
"Il est grand temps de le menotter au radiateur de la connaissance client."
Franck était comme habité par l'envoûtement qu'il créait dans l'assistance. Il se repaissait de leur passivité
vendredi 9 mai 2008
Il jouait au plouc avec sa cravate Asterix, et ça lui allait bien. Pour vivre heureux, vivons gâchés.
- "Mesdemoiselles ..." gloussements blonds dans la salle "... Messieurs. Je vous ai réunis aujourd'hui parce que j'ai un effort à vous demander à tous. Notre Président Directeur Général n'est pas là, il est en train de conclure une importante acquisition en Asie, mais il vous prie de l'excuser. Ce projet lui tient à coeur, et il m'a donné ces quelques mots pour vous." Il s'abaissa de 20 bons centimètres - la directrice de la comm interne s'esclaffa, puis se ravisa en rougissant, le président n'était pas très grand -. Puis il lut le communiqué qu'il avait rédigé.
"Nous connaissons mal nos clients. Nous changeons leurs draps, nous remplissons leur mini bar, nous repassons leurs caleçons. Et pourtant nous ne savons rien d'eux. Leurs valises nous sont grand ouvertes et pourtant, quand ils reviennent, 6 mois ou 1 an plus tard, nous avons tout oublié d'eux, nous ne savons plus qui ils sont. Nous nous comportons avec eux comme si nous les redécouvrions à chaque fois. Quel gâchis. Seul le lieu parle pour nous, mais nos hommes et nos femmes ne lui disent rien, ne le reconnaissent pas. Il nous a choisi, mais il ne fait que passer sous nos yeux. Il est grand temps de le menotter au radiateur de la connaissance client."
Il se déplaçait comme un hologramme en Paul Smith ...
Le directeur financier ne cessait de glisser le doigt entre son col et son cou, au bord d'une apoplexie qui ne viendrait sans doute jamais. Des petits tics précieux lui faisaient dodeliner de la tête à la façon d'une femelle pigeon, de dos, sur un lampadaire occupé par un mâle rutilant. Tout ceci ne pouvait que lui coûter de l'argent, et abîmer son EBITDA.
Le directeur commercial frottait pendant ce temps sa bedaine sur le bord de la table. Il aurait marqué son territoire à l'urine si on lui avait laissé le temps. Mais ses chiffres étaient si catastrophiques que sa paire de couilles était presque apparente, en attente de hachoir.
Seul le directeur informatique semblait à la fête. Il grignotait des petites meringues sans état d'âme, il était marathonien et fondamentalement obsessionnel. Et puis ce projet c'était un peu le sien. Il n'y a pas de représentation sans données, et pas de données sans serveur. Ces troupes allaient pouvoir croûter pendant 5 ans au moins avec ce nouveau projet de connaissance client. Alors il laissait le directeur marketing faire des mouvements avec ses boutons de manchette Dunhill. Il jouait au plouc avec sa cravate Asterix, et ça lui allait bien. Pour vivre heureux, vivons gâchés.






